Iran : sortir des impasses ?

Les Echos
ÉCONOMIE & SOCIÉTÉ
Publié le 16/04/2013
LE CERCLE DES ÉCHOS – Les négociations sur le dossier nucléaire entre les Iraniens et les représentants des 5+1 (les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne) viennent de se clore à Almaty (capitale du Kazakhstan) sans parvenir à un accord, pas même sur une date ni un lieu de prochaine rencontre.

*L’auteur, enseignant-chercheur et consultant, vient de publier « Les élections présidentielles iraniennes de juin 2013 sur fond de crises » dans Les Cahiers de l’Orient n°110, dont il  dirigé le dossier Iran.

Cet épisode intervient dans le contexte anxiogène des menaces de déflagration avec la Corée du Nord. En dépit d’espoirs nés après Istanbul au niveau des experts, les positions respectives, comme le note Catherine Ashton, demeurent fort éloignées. Les parties semblent avoir figé leurs postures. Cette situation est malsaine et complexe car nourrie par plusieurs enjeux et crises simultanés. Outre le dossier nucléaire, l’Iran doit affronter une grave crise économique partiellement due aux sanctions, l’échéance proche des présidentielles de juin 2013, et l’ébranlement régional lié au conflit syrien.

Les principaux désaccords surgis à Almaty sont connus : les Iraniens ont exigé la reconnaissance explicite de leur droit à l’enrichissement (une question de principe) et l’assurance d’une levée significative des sanctions avant de s’engager dans des ‘mesures de confiance’ comme la suspension de l’enrichissement de l’uranium à 20 % . En laissant entendre ces derniers temps que l’arrêt définitif et absolu de cet enrichissement pouvait être remplacé à court terme par une suspension, les Occidentaux avaient délivré des « messages positifs » à Téhéran qui suscitèrent l’optimisme.

L’échec (prévisible) qui est advenu s’explique par des erreurs d’appréciation des deux côtés. Les Iraniens n’ont pas vraiment répondu aux propositions qui leur ont été présentées lors de la dernière rencontre d’experts, mais ont repris leur offre en 5 points déjà présentée (et refusée) à Moscou en juin 2012. Surtout, Téhéran s’est cramponné à sa demande préalable de reconnaissance de son droit inaliénable à l’enrichissement. De la sorte, l’Iran a « plombé » sa propre position. Cette requête était inutile car ladite reconnaissance aurait été confirmée, à un niveau non militarisable, une fois que le programme de contrôle des activités nucléaires iraniennes, permettant de vérifier leur caractère pacifique, aurait été mis en place.

Ce qui est en cause est la confiance réciproque. Mais les interlocuteurs de l’Iran ont également commis une erreur contre laquelle nous avions, comme d’autres, mis en garde. Le Guide suprême, seul décideur en la matière, ne pouvait accepter un compromis que si ce dernier était « politiquement vendable » en interne. Pour ce faire, offrir un allègement autre que symbolique des sanctions est nécessaire pour permettre de « sauver la face » d’Ali Khamenei. Or ce que les Occidentaux semblaient éventuellement prêts à concéder à Almaty était apparemment en deçà de ce ce niveau, ou plutôt, il n’y avait pas d’assurance pour les Iraniens d’obtenir un allègement véritablement substantiel au cours des négociations.

La grave crise économique iranienne – qui résulte des sanctions officielles et des pressions renforcées par l’interdiction de rapatrier les recettes d’exportations déposées à l’étranger, et largement de la gestion calamiteuse du gouvernement – se traduit par un assèchement des réserves en devises, l’effondrement du rial face au dollar, une baisse des productions et exportations pétrolières, mais aussi par une inflation stratosphérique (officiellement 32 %), un chômage en hausse et l’asphyxie de nombreuses entreprises. Le budget définitif n’a même pas pu être arrêté au 20 mars : seul un intérim de 3 mois a été décidé. D’où la panique des pouvoirs publics, qui craignent des troubles sociaux en juin prochain. Mais tabler sur les seules sanctions pour obtenir la capitulation de l’Iran reste un pari risqué.

Le second facteur, la vraie priorité du Guide comme de toute la classe politique, est l’échéance des présidentielles. La crise économique alimente le combat acharné entre lui et M. Ahmadinejad et une lutte acerbe entre les différentes factions conservatrices. Le président, qui soutient son beau-frère Mashaïe, a lancé une violente offensive (révélations de corruption) contre ses adversaires, au premier chef Ali Larijani, président du Parlement, et ses frères. Mais au-delà, c’est Ali Khamenei qui est visé. Ce dernier, qui rêve de parfaire l’ élimination politique d’Ahmadinejad, n’a pas encore réussi ou voulu imposer le candidat « idéal » de son choix, tant les factions et individus se disputent. Une bonne douzaine de noms circulent (Rezaie, Qalibaf, Haddad-Adel, Velayati, Mottaki, Larijani, parmi d’autres), tandis que les réformateurs oscillent entre diverses personnalités et… le retour de l’ancien président Khatami. Hassan Rohani, ancien négociateur nucléaire, s’est déclaré – sans doute appuyé par Rafsandjani.

Ce théâtre agité est peu propice à une percée sur les négociations qui ne sont pas au centre de la campagne électorale, sauf si un candidat veut se poser en sauveur en cas de succès diplomatique. La délicate option d’un dialogue direct avec Washington est néanmoins un lieu d’affrontements tactiques et personnels. Obama osera-t-il s’avancer dans cette direction après sa récente visite en Israël, où il a scellé un rapprochement avec Benyamin Netanyahu ? En renforçant son assistance militaire et économique à Bachar Al Assad, sans plan B quand viendra sa chute, l’Iran affaiblit sa position régionale comme le champ des négociations avec les Occidentaux. Dès lors, la tentation est grande d’attendre un nouveau président iranien, mais n’oublions pas que Ali Khamenei reste le décideur. Les négociateurs n’ont d’autre issue que de « garder le contact » et poursuivre la tâche en évitant de »‘camper » sur des préalables.

Voir l’article « Les élections présidentielles iraniennes de juin 2013 sur fond de crises », Cahiers de l’Orient spécial Iran n°110.

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